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Dendromité

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Comment retrouver une empathie envers le non-humain ?
C’est suite à la rencontre avec Karen Houle, philosophe de l’éthique à l’université de Guelph au Canada, puis Claire Damesin, écophysiologiste de l’université d’Orsay, que l’envie de créer des pièces en collaboration et autour de cette thématique est née.
En 2014, j’ai découvert la pratique de Claire Damesin combinant expérimentations sur le terrain et analyses en laboratoire.
Deux échanges précis ont été choisis autour de la notion des échanges invisibles avec le non-humain :
– la respiration de l’arbre, et plus spécifiquement du tronc de l’arbre, via sa production de CO2,
– la rencontre de colonies de micro-organismes de deux milieux de vie étrangers l’un à l’autre : ceux de l’écorce et ceux de la main. Cette partie du projet est réalisée en collaboration avec Ludwig Jardillier, spécialiste des micro-organismes à Orsay et enrichi des notions de « community coalescence », terme inventé par Matthias Rilling, directeur de l’institut Berlin-Brandebourg pour la recherche en biodiversité avancée.

L’idée de départ était de détourner les protocoles scientifiques de mesure de la production de CO2 des troncs : les chambres de mesure. Le mot « chambre » ici est intéressant puisqu’il s’agit, pour le projet artistique, de se retrouver en contact privilégié avec un arbre.
Afin de retrouver une intimité avec un arbre, il a été imaginé puis construit un espace isolant un sujet arbre et un sujet humain de l’environnement ambiant. Cet espace créé une forme d’intimité transparente, isolée sans vraiment l’être du milieu ambiant du reste de la forêt. Ici la respiration humaine peut croiser la respiration du tronc, c’est à dire sa production de CO2. Cette dernière est concentrée dans une cloche vingt quatre heure avant l’expérience afin d’atteindre un seuil décelable par une caméra technique spécifique, utilisée pour la détection des fuites de gaz dans les industries (caméra FLIR GF 343) et détournée ici de son application.

Ce protocole inédit a permis de matérialiser le souffle de l’arbre, et de filmer nos respirations croisées qui d’habitude sont invisibles à nos yeux. Ces moments sont fugaces, car le tronc produit en comparaison à l’humain peu de CO2, ce qui montre aussi la fragilité de cet équilibre et sa préciosité.
Les images produites sont en cours de montage pour un film, réalisé en collaboration avec Gabrielle Reiner

Une constellation de micro-organismes

Constellations est une pièce reprend la structure du dôme géodésique transparent utilisé pour entourer les troncs des arbres, concentrer les flux émis et les rendre visibles. Cet espace pénétrable construit en carton est parsemé de boîtes de Petri. Elles ont été inséminées avec des micro-organismes présents sur la surface des écorces où une main humaine a été au préalable posée. De cette culture in vitro nait une « community coalescence », nouveau terme scientifique inventé pour nommer cette rencontre entre deux milieux naturels non-prévus pour se rencontrer.
Constellations révèle l’invisible à l’oeil nu, un aperçu de la multiplicité des formes de la vie et des symbioses en devenir. Elle invite à contempler l’infiniment petit comme un planétarium explore l’infiniment grand, à réfléchir sur la manière dont les être vivants interagissent.

Cette partie du projet a été réalisée en collaboration avec Ludwig Jardillier, spécialiste des micro-organismes à Orsay.
L’action du contact des mains sur les écorces a donné lieu à une série d’images et de films pris en caméra thermique, où la chaleur humaine est transmise au tronc.
Ce contact a également été enregistré à l’aide de micros en binaural, pour une restitution très fine du son de cette rencontre, dans l’environnement même de l’arbre.
Ce dernier principe de séquences sonores a été initié lors d’une résidence GlogoAir à Berlin en 2015, où une autre pièce de Dendromité a été produite : une arborescence interactive en fibres tressées où le contact avec les extrémités de chaque « racine » déclenche la bande son prise d’une main sur un tronc d’un arbre remarquable de Berlin. Chaque arbre (19 en tout dans la pièce) ayant ici été choisi pour son partenariat étroit avec les habitants et l’histoire de la ville de Berlin. Pièce produite grâce au programme la mire et l’aide à la création de la région Centre-Val de Loire.

la Diagonale Paris/Saclay

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