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Ecouter la terre

Botanique
Ecouter la terre

Peut on écouter la terre, quels sons pourrait faire la terre ? Alliage complexe d’être vivants, de nutriments, de minéraux en constante interaction, nous marchons sur un univers complet qu’il paraît important aujourd’hui de donner à entendre pour appréhender le monde qui nous entoure autrement.

Un projet Sciences et Art commencé en 2016 en collaboration avec Fanny Rybak, bioacousticienne, NeuroPsi, Orsay et Matthias Rillig du Rillig Lab de  la Freie Universität de Berlin. Il a été poursuivi en octobre 2019 à Cornell University, en collaboration avec Johannes Lehmann, pédologue.

Le projet a été l'objet d'une publication scientifique, MDPI Sounds of Soil: A NewWorld of Interactions under Our Feet? Avec Matthias Rillig, Johannes Lehmann.
Une séquence sonore a été éditée par Unheard records, Compilation003: Infinite In-betweens
Spotify

Pour donner à voir, à entendre ce tout vivant avec lequel nous sommes en constant dialogue, j’ai imaginé créer des dispositifs pour écouter la terre. Leur apparence formelle est venue des écoutilles de bateaux, au nom évocateur, et des coquillages dans lesquels on entendrait la mer. Des sculptures amplificatrices qui reprendraient les formes de myxomycètes, ces «amibes collectives». La terre cuite est l’écrin idéal pour ces recueils de sons, et j’avais depuis longtemps en tête des bouches de céramique sortant du sol pour écouter le bruissement de vie souterrain. Comme ces sons sont difficilement audibles et très ténus, il faut passer par des amplificateurs, et les « bouches » se sont transformées en tiges noires comme la terre, érigées à hauteur d’homme, pour se pencher délicatement au-dessus de cette activité rendue audible.
Charlotte Poulsen, céramiste avec qui j'avais déjà collaboré, m'a aidé à mettre en forme ces sculptures.

En 2016, j’ai rencontré Matthias Rillig, qui dirige le laboratoire d’écologie des plantes à Berlin. Sa spécialité est l’étude des fungi qui colonisent les sols et les végétaux. Une première collaboration à Dahlem nous a permis de déterminer une envie commune, qui également croiserait un intérêt scientifique : peut on écouter la terre, quels sons pourrait faire la terre ?
J’ai ensuite contacté Fanny Rybak, bio-acousticienne à Orsay, qui est depuis partenaire du projet. Ensemble nous avons testé in vitro des protocoles différents pour déterminer quels sont les meilleurs instruments pour réaliser ces enregistrements. Je suis retournée travailler dans le Rillig group pour réaliser des expériences à partir de cette idée de départ faussement simple.

Le sol est vivant. Il est le produit d’êtres vivants en décomposition et abrite une immense diversité d’animaux, de végétaux, de champignons, de bactéries... La vie de ces organismes peut s’écouter : leur activité génère des sons, et constitue un paysage sonore du sol. L’étude scientifique des activités acoustiques de populations, d’écosystèmes ou de paysages, tentant de rendre compte des interactions qui y existent est une discipline ayant émergée récemment : l’écoacoustique. Mais alors que l’étude scientifique des  paysages sonores des milieux aériens, et même aquatiques, est depuis quelques années en plein essor, personne n’a à notre connaissance tendu l’oreille ou un microphone vers ou dans le sol. Des techniques et du matériel d’enregistrement existent depuis peu pour avoir accès à ces sons parfois infimes. A la freie universität de Berlin, l’équipe de Matthias Rillig est très intéressée par le résultat de ces enregistrements : en effet ces nouvelles données pourraient s’inscrire dans leur recherche prospective de l’étude des réactions de stress chez certaines populations de fungi, ce qui pour l’instant n’a jamais été testé. Des ponts à partir de ces résultats sont également envisageables dans un deuxième temps avec l’équipe du Laboratoire d'Ecologie, Systématique et Evolution dans l’étude en écophysiologie des interactions des systèmes racinaires des arbres.

Fanny Rybak étudie les communications sonores chez différentes espèces d’oiseaux, et d’insectes. Elle s’intéresse depuis quelques années à la diversité acoustique des milieux aquatiques d’eau douce, et notamment des facteurs environnementaux contrôlant la diversité et l’abondance des sons que l’on peut y enregistrer, reflétant la diversité et l’abondance des espèces animales présentes dans ces milieux. Tout comme les signaux sonores des mouches drosophiles, que Fanny Rybak a étudié pendant sa thèse, les sons des mares et autres cours d’eau sont difficiles à enregistrer, car peu ou pas audibles à l’oreille humaine.

Ce type de sons a généré d’autres expériences, encore en cours, sur des changements de comportement dans les communautés de fungi exposés à des séquences sonores de prédateurs et a inspiré une recherche en cours à Cornell : Sounds of Soil – tracking soil health for targeted pest control

Ce projet a bénéficié du soutien de la Diagonale Paris-Saclay, de la DRAC centre Val de Loire et de Micro-Onde centre d’art.

Video memorekall
Fanny Rybak
la Diagonale
Charlotte Poulsen
Rillig Group
Johannes Lehmann

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© Karine Bonneval, Joël Prince, Valérie Leray